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Damouré Zika

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Damouré Zika

On se rappelait encore de lui, robuste, plein de vie, malgré son âge avancé… ne ratant jamais la plu­part des mani­fes­ta­tions ciné­ma­to­gra­phi­ques du Niger. 
Né en 1924 à Niamey, mort le 6 avril 2009, fils d’un sorko-pêcheur, Damouré Zika apprend à son tour le métier de pêcheur, dès l’âge de dix ans. Dans les années 40, il ren­contre l’eth­no­lo­gue en mis­sion Jean Rouch, qui lui apprit à lire et à écrire et le décide à devenir  infirmier. Circulant dans l’est du Niger, Damouré Zika s’engage alors dans la lutte contre l’épi­dé­mie de ménin­gite qui y sévit. Entre temps, Rouch quitte le Niger. Lorsqu’en 1946, Jean Rouch revient au Niger, Damouré l’accom­pa­gne dans tous les vil­la­ges de l’ouest du pays, pour inter­ro­ger les vieux gué­ris­seurs sonianké sur la magie.

Le comé­dien hors pair de Rouch aura par­ti­cipé à la réa­li­sa­tion de plu­sieurs films du cinéaste, par­fois en tant qu’acteur, dans des films tels que ‘’La Chasse à l’hip­po­po­tame’’, ‘’Les Danses des ini­tiés de Firgoune’’ ou encore ‘’La Bataille sur le grand fleuve’’. Les plus jeunes l’ont beau­coup plus admiré dans ‘’Cocorico ! Monsieur poulet (1977)’’, dans lequel, Lam, son fidèle com­pa­gnon dit « Monsieur Poulet », a décidé de monter un com­merce de vente de pou­lets dans les envi­rons de Niamey. 
À bord d’une vieille 2 CV, lui et Tallou, son apprenti, vont trou­ver Damouré, un pêcheur à la ligne, pour le convain­cre de s’asso­cier à leur affaire. Après dis­cus­sion, Damouré accepte de les accom­pa­gner une jour­née à titre d’essai. Les trois hommes pren­nent la direc­tion de la brousse, en quête de la matière pre­mière : les pou­lets. Mais leur voyage tourne vite à l’expé­di­tion hasar­deuse et inter­mi­na­ble. Une aven­ture pleine de rebon­dis­se­ments.

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Formant une équipe insé­pa­ra­ble, Rouch, sur­nommé le ‘’sor­cier blanc’’, et Damouré sillon­nent l’Afrique occi­den­tale, du Niger au Mali en pas­sant par la Côte de l’or et la Haute Volta (aujourd’hui le Ghana et le Burkina Faso), dans leur quête. 

Tout au long de sa vie, en piro­gue sani­taire ou dans des dis­pen­sai­res, Damouré s’est investi à soi­gner les popu­la­tions rive­rai­nes du fleuve. Il tra­vaillait, jusqu’à son hos­pi­ta­li­sa­tion dans un petit cabi­net médi­cal qu’il a créé il y a une qua­ran­taine d’années : le « Cabinet médi­cal Jane Rouch ». Il y dis­pen­sait un savant mélange d’une méde­cine tra­di­tion­nelle basée sur les plan­tes qu’il a reçu de son père, et une méde­cine occi­den­tale clas­si­que apprise à l’école d’infir­mier dont il est diplômé. En effet, aime t-il raconter, ‘’ A l’époque, les gens venaient se soi­gner chez mon père qui déte­nait le secret des plan­tes, expli­que-t-il. Quand un malade arri­vait, il me disait d’aller cher­cher telle ou telle plante. Si je ne connais­sais pas la plante, il me pre­nait par le bras et m’ame­nait dans la forêt alors toute proche et me les mon­trait, ainsi que les rites qu’il fal­lait res­pec­ter avant de les cueillir’’. 

Avant de mourir, Damouré s’est aussi ins­crit dans le cercle des écri­vains. Il était l’auteur de ‘’Journal de route’’, un petit bou­quin qui retrace sa vie, publié aux Éditions Mille et une nuits, en 2007. ‘’Journal de route’’ est le jour­nal d’une expé­di­tion en 1947-1948, à l’inté­rieur de la brousse, chez des magi­ciens. Damouré Zika note des his­toi­res de chasse, de pêche, des ren­contres, et consi­gne quel­ques obser­va­tions poli­ti­ques... Et pour­tant, per­sonne n’aurait pu pré­dire cette vie à Damouré (peut-être les génies du fleuve !). Damouré a joué dans la plu­part des 150 films de Rouch dont le tout pre­mier "Bataille sur le grand fleuve", en 1950, pour lequel le réa­li­sa­teur fran­çais était resté quatre mois sur une piro­gue pour filmer la tech­ni­que de la chasse à l’hip­po­po­tame chez les Sorko (maître-pêcheur) d’Ayorou.

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Un jour, alors que l’équipe décide de suivre des Nigériens sur la route du Ghana, Damouré pro­pose à Rouch de tour­ner un film sur leur propre aven­ture. Ce sera Jaguar, la pre­mière fic­tion signée Jean Rouch, dans laquelle Damouré tien­dra le rôle prin­ci­pal. Ainsi, Damouré Zika a joué dans de nom­breux films de Rouch. Mais, celui qu’il pré­fère, le plus, a-t-il un jour confié, c’est ‘’Petit à petit réa­lisé 1971’’, parce que dit-il, il fait rire.